L’euro numérique, meilleur rempart contre les risques crypto que MiCA ?

Fabio Panetta, gouverneur de la Banque d’Italie et ancien poids lourd de la BCE, a livré un message sans détour : si l’Europe veut garder le contrôle sur l’univers crypto, ce n’est pas MiCA qui sauvera la mise, mais l’euro numérique. Une déclaration qui ne sonne pas comme un simple avis technique, mais bien comme un signal d’alarme.

Le 30 mai 2025, à l’occasion de la publication du rapport annuel de la Banque d’Italie, Panetta a pris la parole pour dresser le bilan économique du pays, tout en glissant une charge bien sentie contre les failles du cadre réglementaire européen.

MiCA : un cadre ambitieux mais un impact encore timide

MiCA, ou Markets in Crypto-Assets, ce fameux règlement qui devait poser les bases d’un encadrement strict du marché crypto européen, est entré pleinement en vigueur fin 2024. Pourtant, Panetta constate une réalité bien moins flamboyante que celle promise par les législateurs.

« Depuis l’entrée en vigueur de MiCA, seules quelques stablecoins adossées à de la monnaie électronique ont vu le jour dans l’Union. Leur circulation reste marginale », déplore-t-il.

Et le tableau est encore plus fade côté italien : peu d’intérêt de la part des institutions financières locales pour émettre des crypto-actifs sous supervision. L’activité se concentre plutôt sur des services de garde ou de trading, loin de la dynamique attendue par Bruxelles.

Les limites structurelles de MiCA

Selon Panetta, MiCA n’a pas su colmater les brèches les plus dangereuses du système actuel : l’exposition aux plateformes étrangères et à des modèles réglementaires disparates.

« Les citoyens européens peuvent toujours se retrouver pris au piège d’un émetteur ou d’un exchange basé hors de l’UE, dans un cadre sans contrôle ni transparence suffisante », explique-t-il.

En clair : même avec MiCA, les investisseurs européens restent vulnérables à des effondrements comme celui de FTX ou à des failles structurelles non couvertes par le droit européen.

L’euro numérique : le remède à l’angoisse monétaire ?

Face à cette vulnérabilité, Panetta pousse pour un outil bien plus robuste : l’euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) garantie par la BCE. Pour lui, seule une telle innovation peut répondre à la demande croissante pour des paiements digitaux sûrs, tout en préservant la souveraineté monétaire européenne.

« Ce qu’il nous faut, c’est une réponse à la hauteur de la transformation technologique actuelle, capable d’offrir un instrument de paiement numérique fiable, accessible, et aligné sur la monnaie de banque centrale », affirme-t-il.

En d’autres termes, les stablecoins privés – même régulés – n’offriront jamais les garanties d’un euro numérique : neutralité, liquidité instantanée, confidentialité contrôlée et ancrage dans une institution publique.

Tether et le spectre du dollar numérique

L’intervention de Panetta fait aussi écho aux tensions récentes autour du refus de Tether (l’émetteur de l’USDT, le plus grand stablecoin mondial) de se soumettre à MiCA.

Début mai, Paolo Ardoino, PDG de Tether, dénonçait la licence MiCA comme une menace pour le système bancaire européen, qualifiant la réglementation de « dangereuse » pour les acteurs locaux. Une posture qui montre bien le bras de fer latent entre les grandes entités crypto américaines et les autorités européennes.

Et pendant que l’USDT et l’USDC dominent le marché mondial des stablecoins à 97%, l’euro numérique tarde à émerger. Or, chaque mois qui passe sans alternative crédible européenne renforce l’emprise du dollar numérique sur les paiements du Web3.

Le mot d’ordre : coopération internationale et rapidité

Pour Panetta, réguler ne suffit plus. Il appelle de ses vœux une coopération mondiale renforcée, avec l’UE en tête de peloton pour imposer des standards internationaux de transparence et de sécurité.

« Il serait naïf de croire que l’on peut encadrer la crypto uniquement par des règles. Il faut aussi proposer une alternative crédible et publique », martèle-t-il.

Une course contre la montre ?

Le rapport de Panetta sonne comme une invitation à accélérer : si l’Europe ne veut pas subir les règles imposées par d’autres continents, elle doit imposer sa propre vision monétaire, numérique et régulée. MiCA, bien que nécessaire, n’est qu’un pansement sur une jambe fracturée.

Et l’euro numérique ? Il pourrait bien être le plâtre technologique qui stabilise enfin une jambe économique européenne mise à l’épreuve par les cryptomonnaies.

Source : https://www.bancaditalia.it/pubblicazioni/relazione-annuale/

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Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-Fondateur