Le dollar américain : toujours roi malgré une année 2025 troublée

Le dollar américain, ou USD, domine depuis des décennies l’économie mondiale. Il est la principale monnaie de réserve, détenue par les banques centrales. Émis par la Federal Reserve depuis 1913, il structure l’économie des États‑Unis, première puissance mondiale avec un PIB de plus de 25 000 milliards de dollars.

Un règne forgé dans l’histoire et les marchés

Une monnaie de réserve est une devise massivement détenue pour faciliter les échanges internationaux. Le dollar représente environ 58 % des réserves officielles mondiales en 2024‑2025. Cette dominance s’appuie sur la profondeur et la liquidité des marchés américains.

Après la Seconde Guerre mondiale, les accords de Bretton Woods ont fixé le dollar comme référence, adossé à l’or jusqu’en 1971. Aujourd’hui, c’est la puissance économique des États‑Unis qui en motive l’attraction, notamment via les titres souverains (Treasuries), très prisés par les investisseurs du monde entier.

Taux d’intérêt : l’arme cachée du dollar

Les taux directeurs définis par la Fed influencent la valeur du dollar. Depuis fin décembre 2024, le taux fédéral se situe entre 4,25 % et 4,50 %. Une telle fourchette rend le dollar attractif : elle attire les capitaux étrangers en quête de rendements solides.

Mais l’influence politique pèse. Donald Trump réclame des baisses de taux drastiques, jusqu’à 1 %. La pression montée lors de sa visite à la Fed le 24 juillet a relancé le débat autour de l’indépendance du régulateur.

Cependant, selon un sondage Reuters du 23 juillet 2025, tous les 105 économistes interrogés s’attendent à ce que la Fed maintienne les taux lors de sa réunion du 29–30 juillet.

Un effondrement symbolique en 2025

L’année 2025 est marquée par une chute historique de plus de 10 % du dollar face à un panier de devises, ce qui constitue sa pire performance semestrielle depuis 1973.

Les investisseurs réagissent aux politiques tarifaires de Trump et à l’incertitude fiscale née du budget fédéral à 3 000 milliards de dollars. L’euro gagne du terrain, la livre et le franc suisse gagnent des parts de marché en tant que refuge.

Dé-dollarisation : fin annoncée ou faux départ ?

Malgré les turbulences, la dé-dollarisation reste marginale. Le dollar conserve environ 57,7 % des réserves mondiales au T1 2025, contre 57,8 % fin 2024.

Le redéploiement vers l’euro (20 %) et le franc suisse (0,8 %) est sensible mais lent. Selon le Fed’s Notes 2025, la popularité du dollar s’explique par sa liquidité inégalée et sa confiance comme réserve de valeur.

Cependant, certains sondages (OMFIF) montrent que 18 % des banques centrales envisagent d’augmenter leur allocation en dollars, reflet d’un intérêt croissant à court terme malgré les critiques.

Juillet 2025 : quatre signaux qui secouent la planète dollar

  • Le dollar brise sa série gagnante sous les appels de Trump
    Le 25 juillet, il connaît sa pire semaine depuis longtemps, glissant face à l’euro. Trump réclame des coupes de taux pour alléger les déficits. Cette incertitude affaiblit l’attractivité des Treasuries. Les investisseurs vendent, tandis que des influenceurs sur X sortent des analyses baissières.
  • La Fed conserve ses taux malgré les pressions
    Le sondage Reuters du 23 juillet signale que la Fed devrait maintenir sa fourchette de 4,25–4,50 %, malgré les attentes politiques. L’indépendance monétaire reste cruciale face à l’inflation persistante et à l’usage électoral des leviers économiques.
  • Plus de 1 trillion de dollars détenu à l’étranger
    Au T1 2025, les réserves en billets détenues hors des États‑Unis dépassent 1 000 milliards de dollars. Cela traduit une confiance structurelle, même si certains pays étudient des alternatives numériques comme les CBDC ou les stablecoins adossés au dollar.
  • La pire demi‑année depuis 1973
    Le 7 juillet, plusieurs sources confirment une chute record de plus de 10 % depuis janvier, évoquant une phase de déclin face aux déficits et à la montée des incertitudes économiques. Cela stimule les exportations américaines mais alourdit les importations, affectant la balance commerciale.

Entre crypto et géopolitique : l’empreinte du dollar s’élargit

Ces évolutions soulignent plusieurs tensions :

  • La confiance du dollar reste élevée malgré la volatilité.

  • Les politiques de dé-dollarisation progressent lentement, sans rupture brutale.

  • L’indépendance de la Fed devient un enjeu politique majeur.

Du côté des crypto et de la DeFi, les stablecoins comme PYUSD illustrent comment l’hégémonie du dollar se répercute dans le Web3. L’utilisation du dollar comme collatéral ou comme référence dans les smart contracts en fait une passerelle naturelle entre la finance traditionnelle et l’univers décentralisé. Même dans les bear markets, l’USD adossé reste un repère, presque une bouée de sauvetage pour les investisseurs perdus dans la tempête numérique.

Pour les investisseurs débutants, comprendre les fluctuations du dollar est clé. Elles résultent d’un mélange de géopolitique, d’économie et de psychologie de marché. L’opportunité réside dans la diversification : actions, obligations, or ou stablecoin.

Le roi vacille, mais garde sa couronne

Le dollar américain reste un pilier de la finance globale, même fragilisé par une baisse de 10 % au premier semestre 2025. Ses taux élevés, son rôle dans les réserves (57–58 %) et les échanges (88 % du pétrole) témoignent de sa robustesse. Les pressions politiques, l’endettement croissant et les alternatives comme le yuan ou l’euro alimentent un brouillard autour de son avenir. Néanmoins, loin d’être sur le point d’être détrôné, il demeure le phare des marchés mondiaux.

La véritable leçon de 2025 ? Ce n’est pas tant la fragilité du dollar que sa capacité à absorber les chocs sans vaciller durablement. Dans un monde où les cryptoactifs s’installent et où les tensions géopolitiques redessinent les alliances, le dollar reste un point d’ancrage incontournable. Tant qu’il existera une demande mondiale pour la sécurité, la liquidité et la confiance, l’USD conservera son trône, même cabossé.

Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-Fondateur