Bpifrance : Le moteur de la French Tech ou un « perfuseur » de start-ups défaillantes ?

image article interview DarkEmy - blockchainaddict

Le débat sur le financement de l’innovation en France vient de franchir un nouveau palier de tension. Alors que la souveraineté technologique est sur toutes les lèvres, une figure emblématique de la crypto-sphère brise le consensus autour de l’interventionnisme d’État.

La charge d’Éric Larchevêque : « Laisser le marché décider »

Invité de l’émission Tic Tech de Maddyness, Éric Larchevêque, cofondateur de la licorne Ledger, a lancé une offensive frontale contre la banque publique d’investissement. Selon lui, le modèle actuel fausse la « sélection naturelle » indispensable à un écosystème sain.

Comme le rapporte BFMTV dans son article du 25 février 2026 :

« Bpifrance a aidé des entreprises qui n’auraient jamais dû être aidées », fustige l’entrepreneur. Pour lui, l’institution maintient sous perfusion des modèles condamnés : « On doit revenir à un modèle où c’est le marché qui décide. L’État n’est pas connu pour bien gérer les choses. »

L’investisseur star de Qui veut être mon associé prône un  » Darwinisme numérique «  : moins de règles, moins de normes, et surtout, moins de fonds publics pour laisser les investisseurs privés (notamment étrangers) dicter la valeur réelle des projets.

2025 : Une année sous haute dépendance étatique

Les chiffres de 2025 donnent raison à Larchevêque sur un point : l’omniprésence de l’État. Bpifrance a injecté 750 millions d’euros directement dans les start-ups, représentant 10 % du montant total collecté sur l’année.

Pourtant, cette force de frappe a permis l’éclosion ou la survie de projets industriels et technologiques majeurs. Voici les principaux dossiers de 2025 :

Voici les principaux dossiers de 2025 :

Le pôle Crypto & Web3 (Secteur de prédilection de Ledger)

  • Flowdesk : Le spécialiste du market making a sécurisé 38,5 M€ pour son infrastructure de trading.

  • Zama : Champion de la confidentialité (FHE), devenue la première licorne française du secteur grâce au soutien public.

  • Spiko : Acteur clé de la tokenisation d’actifs réels (RWA), soutenu par le pôle Digital Venture.

  • Dfns : Start-up spécialisée dans la sécurité des portefeuilles institutionnels (technologie MPC).

Transition Énergétique & Industrie

  • WAAT : Un tour de table massif de 100 M€ pour déployer des bornes de recharge électrique.

  • GravitHy : 60 M€ investis pour décarboner la production d’acier à Fos-sur-Mer.

  • Khimod : 23 M€ pour le développement de solutions d’e-carburants (Cleantech).

  • Stellaria : 23 M€ pour le nucléaire de nouvelle génération (SMR).

Deep Tech & Innovation de Rupture

  • Alice & Bob : Financement stratégique pour la course à l’ordinateur quantique français.

  • NeoFarm : 30 M€ levés pour automatiser le maraîchage via la robotique.

  • MagREEsource : 23 M€ dédiés au recyclage souverain des terres rares.

  • Zadient Technologies : 35 M€ pour la production de semi-conducteurs.

Un assainissement nécessaire ou un suicide industriel ?

Pour Éric Larchevêque, la baisse des levées de fonds observée n’est pas une crise, mais une régularisation. Si le retrait de Bpifrance ferait chuter mathématiquement le nombre de créations de start-ups, il estime que cela renforcerait la qualité globale de l’écosystème.

À l’opposé, les défenseurs de la banque publique rappellent que sans ces 10 % stratégiques, des secteurs comme le quantique ou l’hydrogène n’existeraient tout simplement pas en France, faute de capitaux privés assez patients.

Le constat reste amer pour Larchevêque : l’intervention publique ne doit plus être un tabou, mais un débat de fond pour éviter de bâtir une économie de l’innovation « artificielle« .

Source : maddyness et bfmtv

Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-fondateur