Amiens : prison ferme pour une séquestration violente visant des cryptomonnaies
Le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné le 23 février 2026 deux hommes de 19 et 24 ans à neuf et cinq ans de prison ferme pour avoir séquestré une famille afin de lui extorquer des cryptomonnaies. Cette affaire, survenue à Revelles près d’Amiens le soir d’Halloween 2025, illustre la montée inquiétante des agressions physiques liées aux actifs numériques en France.
Au-delà du fait divers, le dossier met en lumière une évolution préoccupante : la criminalité crypto quitte le cyberespace pour s’ancrer dans la violence domestique.
Une attaque préméditée pour forcer un transfert immédiat de cryptomonnaies
Le 31 octobre 2025, trois individus encagoulés pénètrent au domicile d’un couple en présence de leurs deux enfants en bas âge et de la grand-mère. L’objectif est clair : contraindre le père à effectuer un transfert immédiat de cryptomonnaies via son téléphone portable.
Face à son refus, les agresseurs ligotent et frappent le père ainsi que la grand-mère. Des menaces de mort explicites sont proférées. La violence est à la fois physique et psychologique, révélant une volonté d’intimidation extrême pour obtenir un paiement numérique instantané.
Contre toute attente, le père parvient à se libérer et à repousser les assaillants, provoquant leur fuite précipitée. L’attaque échoue, mais le traumatisme reste profond.
Une enquête numérique décisive et des arrestations rapides
L’enquête progresse grâce à un téléphone volé lors de l’agression. Les forces de l’ordre remontent jusqu’à deux suspects localisés à Melun, interpellés en décembre 2025.
Devant le tribunal, les deux hommes reconnaissent les faits et présentent leurs excuses. Ils affirment avoir agi sous l’influence d’un commanditaire demeuré anonyme, qui leur aurait transmis ses instructions tout en exerçant des pressions.
Le tribunal retient la gravité exceptionnelle des faits et prononce des peines lourdes, assorties d’une obligation d’indemnisation de 7 000 euros par victime adulte au titre du préjudice moral.
Un commanditaire fantôme au cœur d’un schéma criminel structuré
L’un des éléments les plus troublants du dossier reste l’existence d’un commanditaire toujours recherché. Selon les condamnés, ils n’auraient été que des exécutants envoyés au domicile familial sous contrainte.
Si la défense a tenté de minimiser leur rôle en les présentant comme de simples intermédiaires, le tribunal a estimé que leur participation active aux violences justifiait des peines significatives.
Ce schéma illustre une mutation du crime organisé : des réseaux identifient des détenteurs de cryptomonnaies, puis mandatent des exécutants pour obtenir un transfert rapide et difficilement traçable.
Criminalité crypto en France : une recrudescence préoccupante en 2025
Les enlèvements et agressions liés aux cryptomonnaies ont connu une hausse notable en 2025 en France, parallèlement à la popularisation du Bitcoin et des actifs numériques.
Contrairement aux cyberattaques traditionnelles, ces affaires reposent sur une logique directe : la contrainte physique pour obtenir un transfert on chain immédiat. L’irréversibilité des transactions et la rapidité d’exécution rendent ces attaques particulièrement attractives pour certains groupes criminels.
Cette évolution soulève une problématique centrale pour l’écosystème : la sécurité des détenteurs de cryptoactifs ne se limite plus à la cybersécurité, elle devient également physique.
Entre adoption massive et nouveaux risques sécuritaires
Alors que les cryptomonnaies s’installent progressivement dans le paysage financier, ces affaires rappellent que la détention d’actifs numériques implique aussi une vigilance accrue en matière de discrétion et de protection personnelle.
La condamnation prononcée à Amiens envoie un signal judiciaire clair. Les juridictions françaises entendent sanctionner sévèrement les violences liées aux cryptomonnaies et dissuader toute tentative d’extorsion par la force.
L’écosystème entre ainsi dans une phase de maturité paradoxale : plus l’adoption progresse, plus les enjeux sécuritaires deviennent stratégiques.
Source : lefigaro.fr

Antoine Marchain
Co-fondateur

