Bitcoin dans le réel : Le mining utile avec Sébastien Gouspillou
Alors que l’interview d’Abdel Bakhta nous plongeait au cœur de la culture Starknet, entre ambitions techniques made in ethereum et idéal cypherpunk, cette nouvelle rencontre avec Sébastien Gouspillou, cofondateur de BigBlock et pionnier du mining durable, déplace le projecteur vers une autre facette essentielle de l’écosystème Bitcoin : son ancrage physique dans l’infrastructure énergétique mondiale.
Si Starknet représente le futur des applications décentralisées, le parcours de Sébastien incarne l’autre pilier de l’édifice : la preuve de travail ( Proof of work)l, ses enjeux, ses risques et ses opportunités.
Sebastien Gouspillou, le mineur globe-trotter
Fondateur de BigBlock Data Center, Sébastien Gouspillou est aujourd’hui à la tête de BBGS, une entreprise spécialisée dans la conception et l’exploitation de fermes de minage, notamment en Afrique centrale.
Son aventure commence par la découverte de Bitcoin, suivie d’années d’études avant de passer à l’action avec la création d’une première ferme en 2017. Contrairement à de nombreux acteurs venus de la finance, Sébastien est d’abord devenu bitcoiner avant de devenir mineur.
Aujourd’hui, ses activités s’étendent du Congo à Oman, en passant par des zones reculées où les enjeux de connectivité, de logistique et de sécurité s’ajoutent aux défis techniques. Ses fermes s’appuient sur des surplus électriques délaissés, souvent offgrid, et utilisent des conteneurs mobiles optimisés pour s’adapter aux contraintes locales.
« Notre propos, c’est de travailler sur des surplus électriques. Et il faut qu’on puisse être en capacité de déplacer la ferme. »
Le Bitcoin, moteur d’une économie circulaire
Gouspillou défend un modèle de mining utile, où l’exploitation minière permet d’équilibrer les réseaux électriques, d’éviter le gaspillage d’énergie et, à terme, de soutenir des projets locaux de développement. Il cite l’exemple de la ferme du parc des Virunga, protégée par les rangers, qui recycle de vieilles machines comme les Antminer S9 pour transformer le surplus en puissance de calcul rentable.
« Le mining va devenir de plus en plus utile. Il doit être lié à des surplus et à des logiques d’économie circulaire. »
Notre invité du jour insiste sur un point crucial : il n’est pas nécessaire d’être favorable à Bitcoin pour profiter de ses effets positifs. Le discours monétaire passe au second plan : il s’agit avant tout d’un service de stabilisation du réseau électrique. Et si un État ne veut pas de Bitcoin dans son territoire, aucun souci : le minage peut fonctionner en exportant simplement du hash rate contre des dollars.
« Il n’y a pas un Bitcoin qui rentre dans le pays si l’État ne le souhaite pas. »
Conférencier international, Gouspillou a discuté mining avec des ministres, des gouverneurs de banque centrale, voire des présidents. En France, il est approché par de nombreux politiques de tous bords, y compris ceux qui, quelques années plus tôt, voulaient interdire Bitcoin. Il plaide pour un mining national fondé sur la valorisation de la chaleur et des surplus nucléaires.
« En 2017, on nous disait que c’était trop tard. En 2025, on commence enfin à comprendre l’intérêt du mining. »
Source : X
Une vision à contre-courant du narratif Ethereum
Très critique vis-à-vis du passage d’Ethereum au proof of stake, Gouspillou regrette la tournure prise par l’écosystème et les discours accusateurs contre le proof of work. Il y voit une trahison technique et philosophique, au profit d’un narratif environnemental erroné.
« Vitalik Buterin a donné les meilleurs arguments aux anti-Bitcoin. C’est catastrophique. »
Contrepoint puissant et complémentaire de tout ce que nous avons pu aborder avec Starknet, Sebastien Gouspillou nous rappelle que Bitcoin est aussi ancré dans le réel. C’est un outil de régulation énergétique, de diplomatie décentralisée et, surtout, une réserve de valeur dont la robustesse dépend encore du fer, du cuivre, et du courant.
« Bitcoin est une chance immense pour l’Afrique. L’Afrique ne le sait pas encore, mais ça va venir. »

Magali Bourdou
Co-fondateur


