Bitcoin, « une bénédiction pour la liberté » : L’Énergie, seule garantie contre la tyrannie du Fiat
Nouvelle semaine, nouvel invité. Chez Blockchain Addict, nous avons reçu il y a quelques jours Pierre Noizat, fondateur et CEO de Paymium, non pas seulement comme un précurseur de l’entrepreneuriat crypto, mais comme une figure essentielle du Bitcoin en France. Sa rigueur d’ingénieur polytechnicien se met au service d’une critique radicale des dérives monétaires et sociétales. Notre échange a mis en lumière un discours où l’expertise technique s’élève en véritable philosophie, faisant de son expérience un manifeste où Bitcoin et politique se mêlent.
De fait, l’expérience de pionnier de Pierre Noizat, confronté au monopole bancaire et aux failles de l’État-nation, l’a conduit à l’élaboration d’une thèse selon laquelle l’énergie et la décentralisation monétaire deviennent le socle d’une liberté économique et individuelle.
Une expérience qui pourrait être une tragédie en trois actes. Rideau.
Acte I : Bitcoin et tyrannie bancaire
L’engagement de Pierre Noizat n’est pas le fruit du hasard. Il prend sa source dans une expertise technique solide, forgée notamment à l’École Polytechnique, et se concentrant sur la cryptographie appliquée aux systèmes de paiement dès les années 1990. Fort de ce savoir, il a pu décrypter immédiatement, dès 2008, la portée subversive du white paper de Satoshi Nakamoto.
La Confiance : un impératif
La fondation de Paymium en 2011, en tant que première plateforme d’échange Bitcoin/Euro, fut un acte de nécessité. Face au vide infrastructurel et à la méfiance inspirée par les acteurs primitifs du marché, tels que MT Gox, P.Noizat et ses associés ont bâti une alternative directe.
« Le pionnier de l’époque c’était MT Gox, une plateforme qui a depuis disparu mais qui n’inspirait pas toujours confiance. Donc c’est une des raisons pour lesquelles on s’est lancé, mes associés et moi, sur le business de l’exchange… »
Ce rôle d’intermédiaire centralisé est assumé. Il constitue le pont indispensable entre le système fiat et l’écosystème crypto. Sans cette fonction de rampe d’accès et de sortie, la monnaie décentralisée resterait une entité isolée, incapable de s’ancrer dans l’économie réelle et de faire face, par exemple, aux obligations fiscales.Une bureaucratie présente et parfois étouffante.
La Résistance face à la bureaucratie européenne
Et, justement. L’expérience de Pierre Noizat, semblable à celle d’autres entrepreneurs qui ont réussi comme Eric Larchevêque, relève du combat idéologique. En effet, Pierre Noizat déplore la « surtransposition des normes » et la lourdeur administrative qui, loin de servir le citoyen, sanctuarisent le « monopole bancaire ». Le choix de maintenir Paymium sur le sol français s’apparente à une posture politique délibérée,presque celle d’être un résistant.
« Le choix de rester en France, c’est un choix un peu politique aussi, c’est pour être le grain de sable ou le poil à gratter… »
Il dénonce l’appareil régulateur européen pour son approche restrictive et contraignante, qui engendre un déni de souveraineté numérique et cède un boulevard de développement aux acteurs américains. Par cet excès d’interventionnisme, l’Europe se met en marge de l’innovation mondiale.
Acte II : L’Ancrage du Bitcoin dans les lois de la physique
Pierre Noizat déplace le débat sur le Bitcoin vers la science fondamentale dans son essai, L’énergie, face cachée de la monnaie. Se faisant, son argumentaire n’est plus seulement économique, il est thermodynamique, s’appuyant sur les lois de l’énergie pour justifier la supériorité structurelle du Bitcoin.
L’Énergie comme substrat universel
Pour Noizat, toute transaction économique est intrinsèquement un échange d’énergie, la monnaie n’en étant que l’instrument de mesure. Il établit une distinction fondamentale dans la valeur monétaire : la valeur sociale et la valeur énergétique.
« S’il y a pas de valeur énergétique et bien il y a pas de rareté. Donc il y a un risque d’inflation. »
C’est précisément l’intégration de cette contrainte énergétique par le Proof-of-Work qui garantit la rareté du Bitcoin. La monnaie fiat, manipulée par la création monétaire illimitée, est, par nature, un instrument de dilution de valeur, générant une inflation systémique.
L’Écologie du minage et l’arbitrage géographique
Pierre Noizat réfute l’argument réducteur du « gaspillage énergétique » lié au minage. Pour lui, le minage est un outil vertueux qui agit comme « acheteur de dernier recours » pour l’énergie.
« L’énergie la moins chère qu’on puisse trouver, c’est l’énergie dont personne ne veut. L’énergie dont personne ne veut, c’est ce qu’on appelle des surplus de production… »
Le minage ne cannibalise pas l’énergie utile ; il monétise les surplus qui, autrement, seraient irrémédiablement perdus.
Ce mécanisme est rendu possible par l’arbitrage géographique la transhumance des fermes de minage en conteneur qui permet de capter l’énergie la moins chère, où qu’elle se trouve.
Ce processus auto-régulé, imprévisible à l’origine, est l’une des « beautés du protocole ».
Acte III : La Liberté individuelle face à l’État défaillant
L’analyse de Noizat prend une tournure résolument politique, car elle touche au cœur de la souveraineté individuelle. Il considère le pluralisme monétaire comme une émanation directe de la liberté d’expression.
« Le pluralisme monétaire c’est mon sujet depuis le début de Bitcoin… [Empêcher son usage] c’est un choix politique plutôt dictatorial… d’empêcher les gens d’utiliser une monnaie alternative et indépendante et libre. »
La captation du pouvoir et l’appauvrissement national
Par ailleurs, Pierre Noizat dresse un constat sévère de l’État français, dont la puissance s’auto-entretient par la croissance de la bureaucratie, alimentée par la monnaie fiat. Cette dynamique se traduit par un appauvrissement accéléré de ceux qui produisent la richesse. Il met en lumière le coût exorbitant du système bancaire : une manne estimée à 100 milliards d’euros par an en profits et frais pour les banques françaises, une somme qui serait réduite considérablement par une libre adoption des cryptomonnaies.
L’Épreuve personnelle : La tragédie comme révélateur systémique
Ce substrat philosophique a été mis à l’épreuve par la tentative d’enlèvement de sa fille en 2024. Noizat a interprété cet acte d’extorsion non pas comme un simple fait divers, mais comme le corollaire dramatique d’une défaillance systémique de l’État.
« La promesse de l’État c’est vous payez des impôts… mais en échange vous nous laissez on s’occupe de votre sécurité. Ça n’est cette promesse là n’est plus tenue. »
L’insécurité croissante, la montée du crime organisé, qu’il qualifie de « narco-État », sont, selon sa lecture, les conséquences directes d’un système monétaire vicié. La liberté de choisir une monnaie indépendante n’est donc plus une simple théorie économique, mais un impératif de sécurité et de survie individuelle face à un État qui a failli à son rôle le plus fondamental.
Pierre Noizat incarne donc la figure de l’intellectuel technique qui utilise les principes scientifiques pour remettre en cause l’ordre établi. Son plaidoyer pour le Bitcoin est un appel à la résistance technologique contre la centralisation et la censure. En associant la défense du Bitcoin à la thermodynamique et à la liberté individuelle, il propose un modèle de société alternatif, ancré dans la rareté physique et la souveraineté économique, seule parade au déclin inéluctable de l’ère du fiat.
Rideau et bon visionnage !

Magali Bourdou
Co-fondatrice


