Bybit Europe : “Le vrai défi, c’est d’amener 90 % des Européens encore hors crypto”

image article interview DarkEmy - blockchainaddict

La France, un marché clé mais encore sous-exploité

L’industrie crypto se développe, mais l’adoption reste limitée en France. Moins d’un Européen sur dix détient des actifs numériques. Ambroise, DG de Bybit Europe, rappelle que la véritable bataille n’est pas entre exchanges, mais auprès des 90 % de citoyens encore en dehors de cet univers.

Le contexte actuel volatilité, incertitudes macro, réglementation en mutation impose une lecture de long terme.

L’essentiel n’est pas de réagir aux variations du Bitcoin, mais de comprendre comment structurer une offre crédible pour le marché français.

Bybit Europe renforce sa présence malgré une concurrence massive

Bybit compte 76 millions d’utilisateurs dans le monde. En Europe, l’ambition est claire : devenir un acteur structurant du marché, capable de rivaliser avec les exchanges déjà bien installés.

L’équipe française se renforce, les fonctions business se professionnalisent, et les connexions avec le siège sont étroites.

Le fondateur Ben Zhou suit de près la stratégie européenne, notamment parce qu’elle représente une zone essentielle pour la croissance réglementée.

MiCA : une rupture qui va redessiner l’écosystème français

La transition entre PSAN et MiCA inquiète. La France comptait plus de cent PSAN enregistrés.

Tous ne survivront pas au passage à MiCA. Les coûts explosent : conformité, contrôles, infrastructures techniques, audits, licences supplémentaires pour certains services.

Ambroise le reconnaît : MiCA va créer un marché plus concentré. Les acteurs internationaux capables d’absorber les coûts réglementaires prendront le dessus.

Pour le lecteur français, l’enjeu est clair :
moins d’acteurs, mais plus solides au risque de freiner l’innovation locale.

Un cadre réglementaire encore inégalement appliqué en Europe

Le problème de la régulation ne vient pas seulement des règles elles-mêmes, mais de leur application.

Exemple concret : la Travel Rule.
Les plateformes régulées doivent vérifier l’origine des fonds entrants. Cela ajoute des délais.

Les acteurs non-régulés, eux, n’appliquent pas ces vérifications.

Résultat : ils apparaissent plus rapides, donc plus attractifs, malgré une absence totale de conformité.

Pour l’utilisateur français, cela crée un paradoxe :
une plateforme régulée peut sembler moins efficace qu’une plateforme hors-cadre.

Pourquoi l’adoption stagne en Europe ? Une réalité culturelle

En Europe, plus de 50 % de l’épargne reste immobile sur des comptes bancaires, sans rendement.

L’exposition aux actions reste faible. La culture financière est prudente, parfois méfiante.
La crypto ne peut pas se développer sans pédagogie.

Pour Ambroise, l’adoption passera par une expérience simple, progressive, accompagnée.
La carte Bybit avec cashback crypto illustre cette stratégie : utiliser la consommation quotidienne comme porte d’entrée vers l’investissement.

Simplifier l’accès à la DeFi sans en gommer les risques

La DeFi progresse vite, mais elle reste complexe. Pour la majorité des utilisateurs, les risques techniques sont réels : erreur d’adresse, mauvaise passerelle, perte de clé, protocole vulnérable.

Ambroise refuse l’opposition facile entre CeFi et DeFi. La DeFi apporte l’innovation. La CeFi peut apporter la sécurité et l’accessibilité.

La combinaison des deux pourrait amener une nouvelle phase d’adoption massive.

Une stratégie long terme : devenir un guichet financier complet

L’objectif de Bybit est clair : proposer un ensemble de produits intégrés crypto, earn, OTC, custody, voire accès à des stocks tokenisés.

L’Europe impose des licences différentes (MiCA, MiFID, etc.).

Mais la vision reste inchangée : créer une plateforme capable de couvrir les usages quotidiens, de l’investissement à l’épargne.

Une industrie en pleine transformation

L’entretien révèle un paysage européen en mutation profonde.

La régulation se durcit. Les acteurs se professionnalisent. Les utilisateurs deviennent plus exigeants.

Les frontières entre DeFi et CeFi s’estompent.

Pour les Français, l’enjeu dépasse Bybit : il s’agit de comprendre comment la crypto va s’intégrer durablement dans une économie européenne qui doit à la fois protéger, innover et rattraper les États-Unis.

Bybit veut s’inscrire dans cette dynamique. Le chantier est immense, mais le marché l’est aussi.

Et l’Europe, bien que exigeante, demeure l’un des espaces les plus prometteurs pour structurer la finance numérique de demain.

Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-fondateur