Cryptomonnaies et banques : La BIS rêve de devenir le cauchemar de la DeFi
Et si la finance traditionnelle ne riait plus face aux cryptomonnaies ? Dans son dernier rapport, la Bank for International Settlements (BIS) appelle à un durcissement réglementaire du secteur crypto. Son mot d’ordre : « containment ». Une stratégie de confinement des risques pour éviter toute contagion de la finance décentralisée (DeFi) vers la finance traditionnelle (TradFi). On fait le point.
Contenir ou comprendre les cryptomonnaies ?
Telle est la question. En effet, le rapport — « Cryptocurrencies and decentralised finance: functions and financial stability implications » — part d’un constat : les liens entre DeFi et finance classique se resserrent. ETF crypto, tokenisation des actifs réels, intégration des stablecoins dans les bilans d’entreprises… Le Web3 ne joue plus dans son coin.
Alors le BIS propose une ligne dure : pas de bannissement, mais un encadrement strict.
L’objectif ? Empêcher les risques issus de la crypto de “se répandre dans les parties cruciales de l’économie réelle”. L’image est claire : la DeFi est une substance instable qu’il faudrait isoler pour éviter l’embrasement.
Le rapport pointe aussi une série de maux : anonymat des acteurs, asymétries d’information, arnaques persistantes malgré la transparence supposée du code.
Selon le BIS, l’opacité sociale du Web3 efface les garde-fous habituels comme la réputation ou l’identification légale.
Le secteur des cryptomonnaies se défend
Du côté des défenseurs de la crypto, les réactions ont fusé — et pas à demi-mot.
Christopher Perkins, président de la firme CoinFund, dénonce sur X, une approche “incompétente et dangereuse”.
Selon lui, les recommandations du BIS pourraient, paradoxalement, accroître le risque systémique qu’elles prétendent contenir.
Par ailleurs, Il remet en question l’accusation d’asymétrie :
“Le code open source et transparent de la DeFi est un progrès immense comparé à l’opacité de Wall Street.”
Une défense classique, mais puissante : dans la crypto, le code est la loi — code is law.
Plus abrupt, Michael Egorov, fondateur de Curve, appelle simplement à “boycotter cette merde”. Fin de citation.
Vers une DeFi rangée ?
Le BIS propose de soumettre la DeFi à des normes similaires à celles des institutions classiques : obligations de transparence, KYC obligatoire, standards de compétence professionnelle. Une tentative de ramener un monde anarchique dans le giron du droit bancaire.
Mais cela pose une vraie question : peut-on réglementer sans dénaturer ?
Car l’essence même de la DeFi, c’est de fonctionner sans permission (permissionless), sans autorité centrale, sans s’habiller en costume trois pièces pour aller chercher une licence.
Une bataille idéologique plus qu’économique
Derrière ce rapport, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent, comme dans un bras de fer tendu entre deux champions que tout oppose.
D’un côté, le camp de la stabilité : la logique centralisée, institutionnelle, drapée de précaution, où chaque mouvement est validé par des instances, des procédures, des signatures en bas de page.
De l’autre, les pionniers de la DeFi, les builders qui jouent à découvert, refusent les autorisations préalables et défendent bec et ongles l’idée qu’un système ouvert, transparent et sans intermédiaire est non seulement viable, mais souhaitable.
Le BIS, dans ce duel, représente le bras crispé de la régulation, tentant de forcer la main à une finance qui lui glisse entre les doigts. Il veut faire plier le poignet d’un adversaire agile, insaisissable, qui n’a jamais demandé l’autorisation de participer au match.
Le combat continue, et il se jouera autant dans les parlements que dans les lignes de code.
Un bras de fer où l’endurance, plus que la force brute, pourrait bien faire la différence.
Partager cet article :

Magali Bourdou
Co-fondateur










