Cryptorapt, phishing, arnaques crypto : les conseils de Robin (ComCyber‑Mi) pour mieux se protéger

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« Quand quelque chose est trop beau pour être vrai, c’est tout simplement trop beau pour être vrai. »

Cette phrase résonne particulièrement fort à une époque où la sécurité physique des entrepreneurs crypto est devenue une préoccupation majeure en France. Ces derniers mois, des affaires spectaculaires de kidnappings avec demandes de rançon en cryptomonnaies ont secoué l’écosystème français, faisant basculer la menace numérique dans une violence réelle, palpable, parfois terrifiante.

Face à cette situation critique, Blockchain Addict a décidé d’aller directement au cœur des institutions dédiées à notre sécurité numérique. Nous avons ainsi pu échanger en profondeur avec Robin Guerchon, analyste cybermenaces spécialisé crypto au ComCyber‑Mi, le Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace, pour mieux comprendre cette menace grandissante, mais surtout comment y faire face.

Merci sincèrement à Robin Guerchon et aux équipes du ComCyber‑Mi de nous avoir permis d’aborder sans filtre ces sujets sensibles.

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Crypto-rapt : quand les criminels franchissent la frontière du réel

Depuis le début de l’année 2025, une série inquiétante de kidnappings ciblant des entrepreneurs crypto a plongé le secteur dans un profond malaise. 

L’affaire récente du père d’un entrepreneur, enlevé et torturé à la recherche d’une rançon en Bitcoin, avec une violence rappelant des scènes dignes de films noirs, a marqué profondément les esprits.

Pour Robin Guerchon, cette nouvelle vague de criminalité a une explication simple mais inquiétante :

« Des criminels ont découvert les cryptos, constaté la richesse potentielle des détenteurs français, et les clichés véhiculés par certains médias autour de cette supposée richesse facile et anonyme les ont confortés dans leurs intentions criminelles. » 

La réponse à ces violences nécessite donc une prise de conscience collective, mais aussi une meilleure formation à la cybersécurité. C’est là que le ComCyber-Mi entre en jeu.

ComCyber‑Mi : une unité au cœur de la cyberdéfense française

Le ComCyber‑Mi, créé en 2023, agit comme une sorte de gardien ministériel, orchestrant les réponses face aux cybermenaces à l’échelle nationale. 

Il regroupe sous son autorité gendarmerie, police et préfecture de police de Paris, mais aussi des experts techniques spécialisés, comme Robin Guerchon lui-même.

Les missions de l’unité s’articulent autour de quatre grands axes stratégiques, détaillés par Robin lors de l’interview :

  • Anticipation : Production de rapports réguliers, évaluant les menaces cyber et notamment crypto, pour permettre une prise de décision éclairée des autorités

     

  • Formation : À travers notamment le CNF Cyber, situé à Lille, ComCyber‑Mi forme policiers, gendarmes et magistrats à comprendre, enquêter et juger efficacement les crimes liés au numérique
  • Appui technique : Mise à disposition d’experts (crypto, data science, cybercriminalistique) qui accompagnent directement les enquêtes judiciaires

Coordination : Facilitation des échanges internationaux et coopération active avec les plateformes crypto, afin de réagir rapidement et efficacement 

Cybercriminalité : tour d’horizon des arnaques les plus fréquentes

Ne pas se sentir invincible : l’autre visage des menaces

Au-delà des agressions physiques visant certains entrepreneurs crypto, il serait dangereux de croire que les risques se limitent à des attaques spectaculaires ou réservées à des profils très exposés. 

En réalité, les menaces sont bien plus fréquentes, sournoises… et souvent invisibles jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Car dans la crypto, la sécurité commence par l’utilisateur lui-même. Adopter une bonne hygiène numérique – c’est-à-dire apprendre à reconnaître les signaux d’alerte, sécuriser ses accès, et éviter les comportements à risque – est essentiel, que l’on débute dans le Web3 ou que l’on s’y investisse depuis des années.

Et comme l’a souligné Robin, les escrocs ne ciblent pas seulement les néophytes : ils adaptent leurs méthodes pour tromper même les plus aguerris.

Voici trois scénarios d’escroquerie qu’il nous a détaillés à connaître absolument pour éviter de tomber dans le piège.

Le “Pig Butchering” : la romance comme appât

Derrière ce terme à l’apparence grotesque « l’engraissement du cochon » se cache une arnaque psychologique redoutable.

Le mode opératoire est bien huilé : une personne séduisante vous aborde sur WhatsApp, Telegram ou les réseaux sociaux. Le ton est amical, la conversation évolue vers quelque chose de plus intime. 

Puis arrive une « opportunité » d’investissement dans les cryptos – souvent via une plateforme inconnue mais au design soigné.

C’est une illusion complète. Les rendements sont factices, le site est frauduleux, et  l’objectif est simple : vous faire déposer de l’argent encore et encore… jusqu’à l’abattage final.

Ce qui rend cette arnaque efficace : la manipulation émotionnelle. En jouant sur l’affectif, les fraudeurs contournent la méfiance rationnelle.

Task scams : les jobs faciles qui coûtent cher

Ici, l’attaque prend la forme d’un job apparemment anodin. On vous propose de gagner de l’argent en effectuant des tâches simples : liker des vidéos, noter des produits, booster une visibilité. 

À première vue, tout semble normal. On vous rémunère même pour les premières actions.

Mais rapidement, un blocage apparaît : pour débloquer vos « gains », on vous demande de payer des frais. Puis d’autres. Et encore d’autres. C’est le début d’une spirale sans fin.

Ce qui rend cette arnaque dangereuse : l’effet de crédibilité installé par les premiers paiements et l’escalade des engagements.

Les faux traders et plateformes truquées

Dernier grand classique, plus technique : l’arnaque à l’investissement. Vous êtes contacté par un pseudo-trader ou un « coach crypto » vous promettant des rendements exceptionnels. 

Il vous dirige vers une plateforme professionnelle, avec des graphiques, des dashboards, un suivi de gains… tout semble carré.

Mais cette façade cache un vide. Les fonds déposés ne sont jamais investis. Ils alimentent une chaîne frauduleuse dont vous ne reverrez jamais la couleur.

Ce qui piège ici : l’esthétique professionnelle du site, le jargon utilisé, et la fausse transparence qui crée un sentiment de confiance.

 

Et toujours en toile de fond : le phishing

Toutes ces arnaques ont un terrain commun : l’usurpation d’identité numérique.

Faux sites, faux supports techniques, faux QR codes : le phishing est souvent la porte d’entrée de l’arnaque. Il suffit d’un seul clic mal placé pour que votre portefeuille, vos identifiants ou vos fonds soient compromis.

Protéger son portefeuille, c’est d’abord protéger ses réflexes

Le message de Robin est clair : la sécurité est un état d’esprit, pas un outil.
Même le meilleur wallet ou la meilleure plateforme ne vous protège pas de vous-même. Il faut apprendre à dire non, à vérifier, à prendre le temps.

Se former, s’informer, et garder la tête froide : voilà les vrais piliers d’une aventure crypto durable.

Hygiène numérique et protection des données : les conseils clés

Face à ces dangers multiples, propose une liste claire et précise de bonnes pratiques de sécurité :

  • Ne jamais divulguer votre seed phrase (même au support officiel d’une plateforme crypto)

     

  • Stocker ses phrases de récupération sur support non connecté à internet (papier, métal), éventuellement avec une protection supplémentaire (passphrase).
  • Utiliser régulièrement des outils comme « Have I Been Pwned » pour vérifier si vos données personnelles sont exposées.
  • Signaler systématiquement à la police ou gendarmerie tout incident, pour alimenter les enquêtes et renforcer la réponse publique (12:21–12:46).

Enfin, comprenons bien que la lutte contre la cybercriminalité dépasse largement les frontières nationales.

 Pour Robin,et ça sera là le mot de la fin, améliorer la coopération entre pays est un enjeu majeur :

« Face aux flux rapides des cryptomonnaies, il est vital de renforcer les échanges internationaux, afin de bloquer immédiatement les fonds volés avant qu’ils ne disparaissent dans la nature. » 

Merci encore à Robin et au ComCyber‑Mi pour ces échanges précieux. Protégez-vous, informez-vous, et surtout, restez vigilants.

Magali Bourdou

Magali Bourdou

Co-fondateur