El Salvador célèbre l’anniversaire de sa loi Bitcoin
Quatre ans après avoir adopté le Bitcoin comme monnaie légale, El Salvador fête encore son “Bitcoin Day”. L’événement commémore le 7 septembre 2021, date à laquelle la loi a été promulguée par le président Nayib Bukele.
Ce lundi, l’Office du Bitcoin a publié un message sur X pour rappeler les avancées du pays : 6 313 BTC en réserve, valorisés à plus de 702 millions de dollars au cours actuel, un nouveau cadre bancaire permettant à des banques spécialisées d’investir en BTC, et des programmes de formation massive à destination des fonctionnaires.
La symbolique reste forte. Mais derrière les festivités, le bilan de cette expérience nationale est loin de faire consensus.
Une réserve stratégique de Bitcoin mise en avant par le gouvernement
Pour le gouvernement, le message est clair : la réserve de Bitcoin reste une vitrine internationale. Avec plus de 6 300 BTC détenus, El Salvador se place comme un acteur étatique majeur dans la détention de cryptomonnaies.
Cette réserve est régulièrement citée comme un outil stratégique. Elle sert à projeter une image d’indépendance vis-à-vis des institutions financières internationales et à attirer des investisseurs étrangers.
Mais la réalité est plus nuancée. L’État n’a pas acheté de nouveaux bitcoins depuis fin 2024. Et pour cause : un accord de prêt avec le FMI conditionne désormais la politique économique du pays.
Source : bitcoin.gob.sv
Le poids du FMI et le recul de la loi sur le Bitcoin
En janvier 2025, le Salvador a accepté un prêt de 1,4 milliard de dollars du Fonds monétaire international (FMI). En échange, le gouvernement a dû reculer sur plusieurs points clés de sa politique Bitcoin.
Première mesure : la loi sur le Bitcoin comme monnaie légale a été abrogée. Les transactions en BTC restent possibles, mais la devise n’est plus obligatoire dans les paiements.
Deuxième mesure : le pays a suspendu tout nouvel achat de BTC avec les fonds publics. Depuis cette date, le portefeuille national n’a pas bougé d’un satoshi.
Troisième mesure : la réduction du soutien à l’application Chivo, le portefeuille Bitcoin lancé en 2021. Décriée dès son lancement, l’app avait connu un succès limité auprès des habitants, qui l’utilisaient surtout pour bénéficier du bonus initial de 30 dollars offert par l’État.
Ces concessions, dictées par le FMI, ont refroidi une partie de la communauté Bitcoin mondiale, qui voyait en El Salvador un symbole de résistance au système financier traditionnel.
L’adoption locale du Bitcoin reste limitée
Malgré les efforts du gouvernement, l’usage quotidien du Bitcoin par la population reste faible. Selon plusieurs études, la majorité des habitants continuent de privilégier le dollar américain, la deuxième monnaie officielle du pays.
La principale barrière est l’accès technologique. Dans un pays où l’infrastructure numérique est encore fragile, beaucoup de citoyens n’ont ni smartphones performants ni connexion internet stable.
De plus, une partie de la population ne perçoit pas encore l’intérêt concret du Bitcoin au quotidien. Pour beaucoup, la volatilité reste un obstacle majeur.
Formation massive : 80 000 fonctionnaires certifiés Bitcoin
Face à ces critiques, le gouvernement mise sur l’éducation. D’après l’Office du Bitcoin, 80 000 fonctionnaires ont reçu une certification Bitcoin depuis 2021.
En parallèle, plusieurs programmes éducatifs publics se sont développés, alliant blockchain, Bitcoin et intelligence artificielle. L’objectif est de créer une nouvelle génération de professionnels capables de travailler dans des secteurs stratégiques liés aux technologies émergentes.
Ces initiatives montrent une volonté politique forte, mais elles posent aussi une question : la priorité est-elle d’éduquer les citoyens ou de construire un outil d’image à l’international ?
Critiques de la communauté Bitcoin et des ONG
Les décisions d’El Salvador ne font pas l’unanimité. Plusieurs ONG et militants Bitcoin estiment que la stratégie adoptée profite surtout à l’État et aux grandes entreprises étrangères.
Pour eux, la population locale reste à l’écart des bénéfices attendus. Les promesses d’inclusion financière et de réduction des frais de transferts n’ont pas encore eu d’impact massif.
Certains observateurs notent que la véritable adoption ne viendra pas par décret, mais par un changement culturel et éducatif au sein de la population.
Un modèle hybride : entre Bitcoin et FMI
En 2025, El Salvador se trouve donc dans une situation hybride. D’un côté, le pays maintient une réserve stratégique de BTC et continue d’investir dans la formation autour des cryptos et de l’IA.
De l’autre, il a dû reculer sous la pression du FMI, réduisant l’ambition initiale de faire du Bitcoin une monnaie pleinement intégrée à l’économie nationale.
Cette dualité alimente un débat mondial : un État peut-il concilier souveraineté monétaire en Bitcoin et intégration au système financier international ?
Perspectives pour 2026 : quel avenir pour Bitcoin au Salvador ?
L’avenir du Bitcoin au Salvador reste incertain. Le gouvernement pourrait tenter de relancer ses achats si la situation financière s’améliore. Mais tant que l’accord avec le FMI est en vigueur, la marge de manœuvre est réduite.
À court terme, la priorité semble être de renforcer l’écosystème éducatif et de maintenir la confiance des investisseurs étrangers.
À long terme, la question clé sera l’adoption par la population. Car sans usage quotidien, le Bitcoin risque de rester un symbole international plutôt qu’un outil de transformation économique locale.
Un bilan contrasté quatre ans après
Quatre ans après l’annonce historique de Nayib Bukele, le bilan est contrasté. El Salvador a marqué l’histoire en devenant le premier pays à reconnaître le Bitcoin comme monnaie légale. Il a aussi attiré l’attention du monde entier et constitué une réserve significative.
Mais l’expérience a ses limites. L’abandon de la loi sur le Bitcoin, les contraintes imposées par le FMI et la faible adoption locale freinent l’élan initial.
En 2025, l’expérience salvadorienne reste une expérimentation à ciel ouvert. Elle inspire certains pays et en décourage d’autres. Reste à savoir si, dans les prochaines années, le Salvador transformera cette initiative en véritable révolution économique, ou s’il restera comme un chapitre symbolique dans l’histoire du Bitcoin.
Source :

Antoine Marchain
Co-Fondateur


