Exaion bradé à l’américain MARA : l’entrée de Xavier Niel ne serait qu’une rustine cosmétique sur une braderie stratégique

image article interview DarkEmy - blockchainaddict
Face aux levées de boucliers sur la cession majoritaire d’une pépite EDF à un géant du minage Bitcoin coté au Nasdaq, l’idée d’associer le patron d’Iliad pour « franciser » le deal circule. Mais cela ne change rien au fond : perte de contrôle, clause anti-concurrence pour EDF, et valorisation des surplus nucléaires captée par des intérêts étrangers.

Le dossier Exaion continue d’enflammer le débat public. Cette filiale d’EDF, spécialisée dans le calcul haute performance (HPC), le cloud sécurisé, l’IA et les usages flexibles comme le minage de cryptos bas-carbone, est au cœur d’une cession majoritaire (64 % initialement visés) à MARA, leader mondial du minage Bitcoin.

L’opération, autorisée par le Trésor français fin janvier, suscite des critiques virulentes de tous bords : souverainistes, gaullistes, insoumis, et même certains élus de la majorité qui parlent de « trahison » énergétique.Pour tenter de calmer le jeu, des rumeurs font état d’une intervention de l’Élysée auprès de Xavier Niel afin qu’il entre au capital et apporte une coloration française visible.

Sur le papier, cela ressemblerait à un sauvetage : un milliardaire tricolore connu, impliqué dans les télécoms et historiquement curieux des actifs numériques, pour contrebalancer l’image « purement américaine » du deal.

En réalité, c’est une illusion d’optique qui masque le cœur du problème.

Une minorité française ne change rien au contrôle stratégique

Même avec 20 %, 30 % ou 40 % pour Niel (aucune répartition précise n’a filtré), MARA resterait actionnaire majoritaire et pilote opérationnel. Pas de droit de veto français réel, pas de majorité européenne au board, et une entreprise cotée au Nasdaq soumise au Cloud Act américain pour les données sensibles.

Exaion deviendrait une filiale hybride où les décisions stratégiques (implantation, priorisation des usages HPC/IA/minage, partenariats) passeraient par des intérêts outre-Atlantique. Un logo tricolore au capital ne protège pas la souveraineté technologique.

La clause de non-concurrence : EDF exclu du jeu pendant 2 ans

L’accord inclut une clause qui interdit à EDF (et donc à la France publique) de développer ou relancer des activités HPC, IA, cloud ou minage pendant 24 mois après la clôture.

Pendant ce temps, MARA consoliderait sa position sur une brique clé : absorber les surplus électriques via des charges ultra-flexibles. Ironie cruelle : le contribuable finance massivement la relance nucléaire (PPE 3) et la surcapacité prévue (130 TWh/an estimés), mais c’est un opérateur américain qui captera la valeur de cette flexibilité. EDF, qui maîtrisait déjà ces usages, se retrouve les mains liées.

La vraie raison du deal : externaliser au lieu de souverainiser

On nous vend l’opération comme indispensable pour stabiliser le réseau sans abîmer les réacteurs (modulation coûteuse et fatigante, comme l’ont montré des rapports internes EDF).

Vrai sur le principe : le minage flexible s’éteint en secondes. Mais pourquoi confier cette capacité stratégique à un géant du Bitcoin américain plutôt qu’à des acteurs souverains ou européens ?

Des contre-propositions françaises existent (comme celle portée par des entrepreneurs du secteur crypto/blockchain). L’État pourrait très bien internaliser ou co-investir avec des partenaires hexagonaux pour garder la main sur cette valorisation des excédents nucléaires. Au lieu de cela, on préfère brader.

Niel : un sparadrap sur une hémorragie

Faire entrer Xavier Niel ressemblerait à du frenchwashing de luxe : un nom connu pour désamorcer les critiques politiques, tout en laissant le contrôle à MARA.

Cela ne résout ni la clause anti-EDF, ni le risque Cloud Act, ni la perte de leadership français sur l’absorption bas-carbone des surplus.

C’est une com’ de façade, pas une politique industrielle.

Une vraie réponse souveraine passerait par bloquer ou renégocier le deal, lever la non-concurrence, et privilégier des acteurs tricolores ou européens.

Ce que cela change vraiment pour vous, citoyens et contribuables (la vraie plus-value)

À court terme (2026-2028), si le deal se fait tel quel : les surplus nucléaires financés par vos factures et impôts serviront en priorité à alimenter le minage Bitcoin d’un groupe américain coté en Bourse.

EDF perd 2 ans pour développer ses propres solutions flexibles, ce qui affaiblit sa capacité à stabiliser le réseau face aux pics de production futurs.

Résultat ? Des prix de l’électricité plus volatils pour les ménages, une dépendance accrue aux acteurs étrangers pour la flexibilité énergétique, et une opportunité manquée de créer des emplois high-tech en France (data centers souverains, R&D IA bas-carbone).

À moyen terme (2030+), la France risque de se retrouver en position de « fournisseur d’électricité bon marché » pour des géants étrangers, pendant que ses concurrents (USA, Chine) construisent des écosystèmes intégrés autour du nucléaire + HPC.

Pour agir : suivez les débats au Parlement sur la PPE 3, interpellez vos députés sur la clause anti-EDF, et soutenez les initiatives citoyennes ou entrepreneuriales qui poussent pour une alternative 100 % française.

Ce n’est pas qu’une vente d’entreprise : c’est un choix sur qui contrôlera l’avenir de notre énergie et de notre tech.

En résumé : sans majorité française/européenne effective et sans levée des contraintes imposées à EDF, l’entrée de Niel ne serait qu’un cache-misère.

La France continue de financer massivement son avenir énergétique… pour que des capitaux étrangers en captent les fruits les plus juteux. Il est temps d’arrêter les rustines et de défendre vraiment nos fleurons stratégiques.

Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-fondateur