Kraken : Le doyen des exchanges crypto

image article interview DarkEmy - blockchainaddict

Il est rare qu’un exchange de cryptomonnaie jouisse d’une image aussi propre que celle d’une banque suisse, tout en ayant l’agilité d’une licorne. C’est pourtant le pari qu’a réussi Kraken, fondé en 2011.

Pour en parler, nous avons reçu Alix Bouxaguet, Country Manager France et fin connaisseur du marché institutionnel. Sa première fierté ? L’ancienneté, bien sûr, mais surtout : « On s’est jamais fait hacker. » Dans un secteur où les mésaventures sont légion, cette carapace est un argument de poids, renforcé par le stockage hors ligne de plus de 95% des fonds clients.

Mais là où Kraken est un véritable acteur majeur pour nous, Européens, c’est sur la question de la liquidité Fiat. Kraken est l’historique : c’est lui qui a créé les toutes premières paires Euro natif (BTC/EUR, ETH/EUR). Résultat : ils offrent aujourd’hui la meilleure profondeur de marché sur l’euro, garantissant des spreads imbattables. En d’autres termes, pour acheter ou vendre vos cryptos en euros sans passer par un stablecoin, Kraken est tout simplement le moins cher.

Kraken à l’heure de la régulation 

L’image de qualité, c’est bien, mais la régulation est la clé pour ouvrir les portes du coffre-fort institutionnel. Et sur ce point, Kraken a fait ses devoirs.

Alix le confirme : l’exchange a obtenu la licence MiFID (pour proposer des produits dérivés) et la licence MiCA de la Banque centrale d’Irlande. C’est un Graal qui lui permet de proposer des services uniformisés et sécurisés à travers toute l’Union européenne, loin des problèmes réglementaires de certains concurrents. L’exchange, lui, n’est « blacklisté nulle part, jamais ».

C’est cette propreté qui attire les loups de la finance traditionnelle. Les banques et les fonds ne sont pas animés par la « mission idéologique » de la décentralisation ; ils sont là pour une raison bien plus terre-à-terre :

 « Ils voient surtout que énormément d’argent a quitté leur compte pour aller sur des exchanges. » 

Leur mission est de « rapatrier les fonds » en proposant eux-mêmes des produits crypto. Et pour cela, ils ont besoin d’un partenaire en qui ils peuvent avoir confiance : réglementé, jamais hacké, et surtout, leader sur la liquidité Euro

Sur les marchés dérivés, la prudence est également de mise. Si les DEX (échanges décentralisés) sont vantés pour leur idéologie, ils ont un défaut majeur : en cas de crash massif (flash crash), ils subissent l’effet domino, personne ne pouvant arrêter la cascade de liquidations. L’avantage d’un exchange centralisé comme Kraken ? Un « kill switch » temporaire. Alix nous confie que lors du crash d’octobre, la coupure des Futures a permis de « sauver des gens » de la liquidation totale. La décentralisation a son prix.

Kraken, le cheval de Troie de la tokénisation à Wall Street 

Outre le lancement de leur nouvelle carte bleue, la grande nouveauté chez Kraken c’est le lancement des xStocks : les actions et ETF américains tokenisés (Apple, Nvidia, Or) disponibles sur les blockchains Ethereum et Solana.

C’est là que la crypto devient le cheval de Troie de la finance traditionnelle, pour deux raisons :

  1. Le 24/7 et la fluidité : La tokenisation court-circuite la myriade de brokers et leurs frais opaques. Plus de jours fériés, plus de week-end : le trading est ouvert en continu. Vous êtes plus libre et vos actifs sont plus liquides.
  2. L’usine à produit dérivé : L’objectif est de pouvoir bientôt faire tout ce que l’on fait avec la crypto, mais avec les actions tokenisées : les utiliser en collatéral pour prendre du leverage, ou même les vendre en un clic pour payer ses courses en Franprix. Le marché est clairement la clientèle crypto qui cherche une passerelle vers les actifs traditionnels lorsque les Altcoins s’ennuient.

Les ingrédients d’une adoption réussie

Même l’un des doyens des exchanges à travers le monde a ses chantiers. Alix l’admet : Kraken est hyper focus sur l’amélioration de la liquidité des contrats perpétuels et Futures sur les Altcoins plus exotiques. 

Quant aux légendaires lobbies anti-crypto, Alix est formel : ils n’existent plus. L’innovation a gagné.

« Ça serait quand même dire est-ce qu’il y a des lobby anti-internet ? Je pense que maintenant on en est là. »

Les banques sont désormais les premiers supporters des cryptos, car elles voient leurs clients partir. Le seul vrai obstacle est le régulateur qui impose des cadres stricts (MiCA, Travel Rule), mais c’est le prix à payer pour l’institutionnalisation. L’adoption, quant à elle, est boostée par les institutionnels (effet Trump aux USA), qui permettent aux fonds et aux banques d’offrir la crypto aux clients finaux.

L’échange avec Alix est sans appel : Kraken a une feuille de route claire, construite sur la sécurité historique, la régulation européenne, et la révolution des actions tokenisées. Ils ne surfent pas sur les shitcoins.

Cet article n’était qu’une mise en bouche pour décortiquer leur philosophie ; il ne saurait se substituer à l’interview originale ! Si ce n’est pas déjà fait, il est maintenant grand temps d’aller regarder l’échange complet sur Blockchain Addict pour entendre l’expert en personne. D’ailleurs, à lui de conclure cet article : 

«  Quand tu as des énormes banques qui voient énormément d’argent partir sur les exchanges et la DeFi, ils se disent « On veut rapatrier ces fonds-là ».

Magali Bourdou

Magali Bourdou

Co-fondatrice