La SEC change de cap et requalifie la plupart des tokens
Paris, septembre 2025. Lors d’un discours à l’OCDE, le président de la SEC, Paul Atkins, a lâché une bombe réglementaire : « la plupart des tokens ne sont pas des securities ». Cette annonce pourrait bien transformer la régulation crypto aux États-Unis et redéfinir l’équilibre mondial face à l’Europe et à d’autres juridictions.
Une rupture avec la stratégie d’enforcement
Jusqu’ici, la SEC s’était illustrée par une politique agressive d’actions en justice contre les entreprises crypto. Cette approche, souvent critiquée pour son imprévisibilité, avait poussé de nombreux projets à fuir les États-Unis.
Désormais, Atkins promet une nouvelle ère. « C’est un nouveau jour à la SEC », a-t-il déclaré. Le régulateur entend mettre fin aux décisions arbitraires et offrir aux acteurs du marché des « règles de la route » claires et prévisibles.
Project Crypto, un cadre unifié pour le secteur
Dans cette perspective, la SEC lance Project Crypto, une initiative destinée à regrouper sous un même cadre réglementaire toutes les activités clés : trading, lending, staking. L’objectif est simple : adapter les règles des marchés financiers à l’écosystème blockchain.
Selon Atkins, le President’s Working Group on Digital Asset Markets a déjà posé les bases d’un plan ambitieux. Ce « blueprint » vise à replacer les États-Unis au cœur de l’innovation Web3.
Vers l’émergence des “super-apps” crypto
Au cœur de ce projet, une idée forte émerge : celle de plateformes intégrées, capables de proposer trading, lending et staking au sein d’une même interface. Ces « super-apps » crypto pourraient devenir les hubs financiers de demain.
Atkins insiste cependant sur un point : il ne s’agit pas d’alourdir la charge réglementaire. « Je crois que les régulateurs doivent fournir la dose minimale de régulation nécessaire pour protéger les investisseurs, et pas plus », explique-t-il. Une déclaration qui cible directement les excès passés, accusés de freiner l’innovation.
L’Europe comme source d’inspiration
Pour justifier sa vision, Atkins n’hésite pas à pointer l’exemple européen. Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), déjà en vigueur dans l’UE, est salué comme un cadre cohérent et global. Pour le patron de la SEC, les États-Unis doivent s’inspirer de cette clarté afin d’éviter l’incertitude qui a longtemps pesé sur les entreprises crypto américaines.
Cette référence n’est pas anodine : au même moment, l’Europe renforce son arsenal prudentiel pour les banques, imposant une gestion stricte du risque face aux cryptomonnaies.
L’EBA durcit les règles pour les banques
En août, l’European Banking Authority (EBA) a finalisé de nouvelles règles : les banques de l’UE devront détenir beaucoup plus de capital face aux cryptomonnaies non adossées comme Bitcoin et Ether. Ces actifs sont classés en « groupe 2b », avec un ratio de risque de 1.250 %. Concrètement, cela signifie qu’une banque devra immobiliser un capital colossal pour pouvoir en détenir.
Cette approche conservatrice contraste avec d’autres juridictions. Aux États-Unis, la FDIC a ouvert la voie à une participation accrue des banques au secteur crypto, tandis que la Suisse a déjà intégré les DLT et les stablecoins dans son droit financier.
Les États-Unis veulent rattraper leur retard
Avec ce changement de ton, Atkins cherche clairement à repositionner les États-Unis comme un leader de l’innovation crypto. La politique d’enforcement a laissé des traces, mais l’heure est venue de tourner la page.
En affirmant que la plupart des tokens ne sont pas des securities, la SEC envoie un signal fort aux entrepreneurs Web3 : le pays veut redevenir compétitif.
Une coopération internationale en ligne de mire
Enfin, Atkins a insisté sur la nécessité d’une régulation concertée à l’échelle mondiale. Citant Tocqueville, il a rappelé que la prospérité se construit dans l’ouverture et la coopération. Pour lui, les marchés crypto doivent bénéficier d’un minimum d’harmonisation internationale, afin d’éviter un patchwork de régulations contradictoires.
Un moment charnière pour la régulation crypto
Ce discours marque un tournant historique. Pour la première fois, la SEC reconnaît officiellement que la majorité des tokens échappent à la définition stricte de « securities ». Si cette promesse se traduit en textes, les États-Unis pourraient redevenir un hub majeur pour les innovations Web3.
La bataille entre innovation et protection des investisseurs reste entière. Mais une chose est sûre : le monde des cryptomonnaies entre dans une nouvelle ère où la régulation devient un levier stratégique plutôt qu’un frein.

Antoine Marchain
Co-Fondateur


