De Ledger à ZKNox : Rencontre avec Nicolas Bacca
Du coffre-fort matériel aux nouvelles frontières de la crypto, Nicolas Bacca poursuit une quête constante de sécurité et de souveraineté numérique. Après Ledger, il se consacre désormais à un projet discret, mais ambitieux : ZKNox. Une initiative à la croisée des chemins entre Ethereum, crypto post-quantique et confidentialité. Nous l’avons rencontré pour vous dans cette nouvelle interview Blockchain Addict.
Ledger et la sécurité : poser les fondations
Difficile de parler sécurité dans les cryptomonnaies sans évoquer Nicolas Bacca. Cofondateur de Ledger, il fait partie de ces bâtisseurs qui ont façonné les standards actuels de la conservation de crypto-actifs. Très tôt, il milite pour des solutions open source, transparentes, auditées, où l’utilisateur garde le contrôle de ses clés.
« On voulait un produit grand public, sécurisé mais ouvert. Pas une boîte noire »
Avec Ledger, il participe à démocratiser l’usage du hardware wallet, à un moment où la majorité des utilisateurs stockaient encore leurs fonds sur des exchanges. Mais ça c’était avant. Car depuis 2023, Nicolas Bacca explore d’autres terrains de jeu.
Il était une fois le quantique
Depuis leur création, les cryptomonnaies reposent sur des fondations crypto solides, comme les courbes elliptiques ou les fonctions de hachage. Ces systèmes sont aujourd’hui réputés incassables… par les ordinateurs classiques.
Mais l’émergence des ordinateurs quantiques menace cet équilibre. En exploitant les lois de la physique quantique, ces machines seraient capables, à terme, de casser les algorithmes de chiffrement actuels en un temps dérisoire.
Cela poserait un risque : des clés privées pourraient être retrouvées à partir de clés publiques, mettant en péril la sécurité de millions de portefeuilles et de contrats intelligents.
C’est pour anticiper cette menace que des projets comme ZKNox travaillent à intégrer une cryptographie post-quantique, conçue pour résister à ces attaques futures. L’enjeu est clair : préserver l’intégrité des blockchains.
ZKNox : préparer Ethereum à l’ère post-quantique
Aujourd’hui, Nicolas Bacca s’investit donc dans un projet qu’il a cofondé avec Renaud Dubois (ancien de Ledger Innovation) et Simon Masson (auteur de Bendersnatch). Accessible via l’adresse ENS zknox.eth.limo, le site présente une vision claire : anticiper les menaces futures en intégrant à Ethereum des “primitives cryptographiques” résilientes aux attaques quantiques.
Concrètement, ZK travaille sur l’implémentation d’algorithmes comme ETHDILITHIUM et ETHFALCON, deux candidats pour la cryptographie post-quantique. L’objectif est double : garantir la sécurité à long terme des smart contracts, tout en assurant la compatibilité avec l’EVM.
« Le quantum, ce n’est pas demain matin, mais on ne peut pas attendre la veille pour s’en occuper »
Le Zero Knowledge proofs, c’est quoi ?
Les preuves à divulgation nulle de connaissance, ou Zero-Knowledge proofs (ZK), sont des protocoles qui permettent de prouver qu’une affirmation est vraie sans révéler la moindre information sur cette affirmation elle-même.
Cela permet, par exemple, de valider une transaction sans exposer le montant ou l’identité du détenteur. C’est précisément l’un des piliers du projet ZKNox, qui combine cette technologie avec des algorithmes résistants aux ordinateurs quantiques. En intégrant des preuves ZK directement dans Ethereum, ZKNox cherche à renforcer la confidentialité des interactions on-chain, tout en assurant une vérifiabilité publique. Cette approche ouvre la voie à un Ethereum plus sûr et respectueux de la vie privée.
Par ailleurs, ZKNox pousse également pour l’ajout d’une précompilation dédiée aux NTT (Number Theoretic Transform) au sein d’Ethereum. Une optimisation technique qui permettrait de rendre les algorithmes post-quantiques plus rapides et plus accessibles au niveau du protocole.
Gouvernance, open source et anticipation collective
Au-delà des aspects techniques, Nicolas Bacca partage aussi sa vision de la gouvernance dans l’écosystème Ethereum. Pour lui, intégrer une nouvelle primitive cryptographique n’est pas qu’un défi d’ingénierie : c’est un processus de conviction, un dialogue entre chercheurs, développeurs et décideurs communautaires.
« Intégrer une primitive, c’est pas juste coder. C’est convaincre »
Ainsi, ZKNox s’inscrit-il dans une dynamique ouverte, collaborative, où la sécurité est pensée à long terme. Fidèle à ses engagements initiaux, Nicolas reste un fervent défenseur de la souveraineté numérique.
Nicolas Bacca : le chevalier de la crypto
Dans cette conversation à cœur ouvert, Nicolas Bacca revient sur les fondements de Ledger, ses réflexions autour de la sécurité numérique, et ses espoirs pour Ethereum.
Il évoque également son intervention clé lors de l’enlèvement de David Balland et de son épouse, cofondateurs de Ledger. À cette occasion, il a orchestré une réponse technique et juridique éclaire afin d’empêcher les ravisseurs de transférer les fonds de rançon en cryptomonnaies.?
En effet, il a conçu un dispositif capable de déclencher simultanément des demandes de gel de fonds auprès de diverses plateformes en quelques minutes, évitant ainsi les délais habituels de plusieurs jours nécessaires pour ces procédures.
Par ailleurs, Nicolas a constitué une équipe comprenant l’avocate Sarah Compani, spécialisée dans les relations avec des plateformes comme Tether et KuCoin, et a collaboré avec le collectif SEAL 911, reconnu pour son efficacité dans ce type d’interventions.
Cette initiative a permis de geler une grande partie des fonds de rançon, établissant un modèle d’intervention rapide et coordonnée dans le domaine des cyber-enlèvements liés aux cryptomonnaies.
Vous l’aurez compris, un échange dense, accessible, et résolument tourné vers l’avenir vous attend dans cette nouvelle interview.
Enfin, à Nicolas le mot de la fin et celui du début :
« Ce qu’on construit aujourd’hui, c’est ce qui protège nos libertés demain. »

Magali Bourdou
Co-fondatrice
