Européens et législateurs, faut-il accélérer l’euro numérique face à la montée des stablecoins privés ?

Le 23 juin 2025, Christine Lagarde, présidente de la BCE, a exhorté le Parlement européen à accélérer la mise en place de l’euro numérique. Selon elle, le projet constitue un rempart contre les stablecoins privés, comme le désastre d’UST en 2022, et permettrait à l’Europe de conserver son autonomie financière face à des émetteurs non régulés.

Malgré une proposition initiée en juin 2023, l’avancée législative reste entravée par des inquiétudes politiques et d’importants coûts, estimés entre 18 et 30 milliards d’euros.

Pourquoi Lagarde craint les stablecoins privés ?

Lagarde rappelle que les actifs comme Tether ou UST menacent les dépôts bancaires et la stabilité financière. Elle évoque l’effondrement de TerraUSD en 2022 comme un signal d’alarme. L’euro numérique, conçu comme un portefeuille paneuropéen garanti par la BCE, limiterait cette fuite de capitaux.

Mais après une panne du système de paiements de la BCE en 2025, les débats parlementaires ont ralenti. La phase de test doit se clôturer en octobre 2025, en vue d’une décision finale attendue à l’automne.

L’Union européenne mise aussi sur la tokenisation

En parallèle, la BCE et l’EFAMA insistent pour que la régulation englobe les CBDC et la tokenisation. Le marché européen des actifs tokenisés, évalué à plus de 820 millions de dollars, pourrait croître de 21 % par an jusqu’en 2030.

Les règles de MiCA, en vigueur depuis décembre 2024, ainsi que MiFID II, doivent désormais intégrer les actifs numériques pour renforcer la stabilité et la protection des investisseurs.

Que préparent les autorités américaines ?

Pendant ce temps, les États-Unis adoptent une trajectoire opposée. Le président Trump a signé en janvier un décret interdisant les CBDC et exigeant un encadrement renforcé pour les stablecoins.

En juillet 2025, le Congrès a adopté le GENIUS Act, une loi qui facilite l’émission de stablecoins régulés, tout en consolidant un cadre législatif crypto avec les textes Clarity Act et Anti-CBDC Act. Cette posture pro-stablecoin contraste fortement avec la prudence réglementaire européenne.

La divergence entre l’UE et les États-Unis s’accentue

L’UE considère les CBDC comme un moteur d’indépendance monétaire. Les États-Unis privilégient la privatisation des stablecoins, refusant toute émission publique. Ces orientations opposées renforcent les tensions transatlantiques.

Selon plusieurs analystes, les géants américains de la tech pourraient bénéficier de cette dérégulation, menaçant la souveraineté financière de l’Europe.

Quels impacts pour les consommateurs et les investisseurs ?

Un euro numérique bien conçu permettrait des paiements plus sûrs et réduirait la dépendance aux circuits financiers privés. Cependant, son coût élevé, son adoption incertaine et le scepticisme du public constituent des obstacles.

Face à cela, les États-Unis pourraient voir émerger un écosystème crypto plus libéralisé, mais potentiellement plus volatil et moins encadré. Pour les épargnants, l’enjeu est de choisir entre stabilité réglementaire ou innovation décentralisée.

Une accélération nécessaire ou le choix d’une vigilance assumée ?

L’euro numérique représente une preuve de souveraineté pour l’Europe. Face à la poussée réglementaire des États-Unis en faveur des stablecoins, l’UE se doit d’agir rapidement.

Mais cette course technologique doit aussi prendre en compte les réalités du terrain : usages, confiance, stabilité, coûts. À terme, le succès du projet dépendra de sa capacité à allier efficacité et légitimité publique dans un paysage financier en pleine mutation.

Sources

Antoine Marchain

Antoine Marchain

Co-Fondateur