Cryptomonnaies et Proof of Stake : Les conseils d’un expert pour chasser les pépites
« Donc comment fonctionne une blockchain proof of stake ? C’est juste que on a des personnes qui holdent certains tokens. Ça peut être, des ethers, ça peut être du SOL ou autres. Pas le Bitcoin, parce que Bitcoin, c’est proof of work. Ceux qui détiennent des tokens en fait déposer leur token avec un validateur pendant une certaine période de temps. Et grâce à ça, eux, ils fournissent de la sécurité économique à la blockchain.»
Cette semaine, c’est le retour sur notre chaîne d’un habitué : Kam Benbrik, responsable de l’équipe de recherche chez Chorus One, validateur blockchain.
Notre invité a partagé de précieux éclaircissements sur le rôle des validateurs dans l’écosystème, les critères de sélection des blockchains par Chorus One, et son point de vue personnel sur les tendances crypto actuelles. De quoi nous permettre de prendre un peu de hauteur et de mieux comprendre les enjeux des validateurs. C’est parti !
Au coeur du Proof of stake avec Chorus One
Chorus One opère comme un validateur sur les blockchains Proof of Stake (PoS). Cette action sécurise la blockchain et en échange, ils reçoivent des frais de transaction et l’inflation du réseau. Chorus One fournit l’infrastructure nécessaire à ces « stakers » et perçoit une commission sur leurs revenus.
Pour bien comprendre, faisons un rapide tour d’horizon de ces termes clés :
- Validateur : Imaginez un validateur comme un gardien de la sécurité sur certaines blockchains. Son rôle est de vérifier et de valider les transactions, puis de les ajouter à la blockchain. En faisant ce travail essentiel, il aide à maintenir l’intégrité et la sécurité du réseau.
- Proof of Stake (PoS) : C’est un mécanisme de consensus, une façon pour une blockchain de se mettre d’accord sur l’état des transactions. Contrairement à la « Proof of Work » (comme pour le Bitcoin ), le PoS sélectionne les validateurs en fonction de la quantité de cryptomonnaie qu’ils « stakent » (déposent en garantie). Plus vous mettez de jetons en jeu, plus vous avez de chances d’être choisi pour valider un bloc et recevoir des récompenses. C’est un système plus économe en énergie.
- Staking : Le staking, c’est l’acte de « locker » ou d’immobiliser vos cryptomonnaies pour soutenir le fonctionnement d’une blockchain PoS. En les mettant à disposition, vous participez à la sécurité du réseau et êtes récompensé pour cela. C’est un peu comme mettre de l’argent sur un compte d’épargne qui vous rapporte des intérêts, mais dans le monde de la blockchain.
L’équipe de recherche de Chorus One, composée de sept personnes, est chargée d’évaluer et d’intégrer de nouvelles blockchains. Leur processus de sélection repose sur trois critères principaux :
- La demande des clients : Chorus One cible principalement les institutions, les fonds d’investissement ou les « whales » (de très gros détenteurs de cryptomonnaies). Ce sont souvent eux qui sollicitent Chorus One pour staker certains tokens.
- La valeur du projet : L’équipe échange directement avec les développeurs pour comprendre la valeur ajoutée et la proposition unique de chaque nouvelle blockchain.
- L’économie du projet : Une analyse financière est menée pour évaluer les coûts d’infrastructure et les revenus potentiels, en se basant sur la valorisation actuelle du projet et les estimations d’inflation des tokens.
Comment devenir un chasseur de blockchain professionnel ?
Vous l’aurez donc compris, pour être rentable, le validateur savoir cibler correctement les blockchains avec lequel il souhaite travailler. C’est dans ce sens que Kam offre des perspectives éclairées pour identifier les projets à fort potentiel, allant de l’évaluation des stablecoins à la distinction entre architectures de blockchains. Quelques pistes.
Les stablecoins, un outil institutionnel
L’interview a mis en lumière l’intérêt croissant des institutions pour les stablecoins. Kam a cité l’argument de BlackRock pour justifier cet intêret : la transparence (la supply et la TVL sont visibles sur la blockchain), la disponibilité 24/7 et la facilité d’envoi partout dans le monde en font un outil financier de choix.
Des géants comme JP Morgan, malgré les critiques passées de son PDG envers Bitcoin, s’intéressent activement à la tokenisation et pourraient lancer leur propre stablecoin. En France, Société Générale Forge illustre également cette tendance. Le succès fulgurant de Circle, émetteur de l’USDC, récemment coté en bourse, témoigne de l’attrait des investisseurs pour ce marché.
Kam a souligné que les stablecoins représentent un business gigantesque avec un retour sur investissement (ROI) impressionnant, à l’image de Tether (USDT) qui génère des milliards avec une équipe restreinte. Cette rentabilité est amplifiée par un environnement macroéconomique où les taux d’intérêt sont élevés, permettant de générer des revenus substantiels sur les réserves.
Au delà des stablecoins, Kam a partagé ses critères personnels de sélection, sans donner de conseil en investissement :
- L’équipe et le projet : L’adéquation entre l’équipe et la vision du projet.
- La demande et l’activité réelle : Il scrute les dashboards d’analyse on-chain (comme Dune Analytics) pour évaluer l’activité et distinguer les volumes authentiques des volumes artificiels. Cela implique d’analyser les adresses actives et le comportement des utilisateurs.
- Les revenus réels générés : Que ce soit les frais de transaction et le MEV (Maximum Extractable Value) pour une blockchain comme Solana ou Ethereum, ou les frais de trading pour des plateformes comme HyperLiquid.
Solana vs Ethereum : Architecture, expérience et rentabilité
La conversation a mis en contraste l’approche de Solana et d’Ethereum. Kam a souligné que Solana, malgré les critiques liées aux memecoins, a prouvé sa capacité à gérer d’énormes volumes de transactions (par exemple, 1 milliard d’échanges sur le token Trump en une journée). Si vous suivez, elle coche donc une case importante de la liste évoquée juste avant.
Pour lui, l’architecte de Solana, Anatoly Yakovenko, est un ingénieur pragmatique qui priorise l’expérimentation et l’amélioration continue, même en production. L’objectif de Solana est de tendre vers une inflation très faible, compensée par l’activité réelle du réseau (frais de transaction et MEV), qui représente déjà 1 à 2% du rendement des validateurs.
À l’inverse, Kam exprime un certain pessimisme pour l’avenir d’Ethereum. Il perçoit Vitalik Buterin davantage comme un « philosophe » axé sur la recherche théorique, ce qui ralentirait le développement. La stratégie des Layer 2 a conduit à une fragmentation de la liquidité et une complexité de l’expérience utilisateur, notamment pour les novices.
Certains projets choisissent de construire sur Base, la blockchain de Coinbase, pour bénéficier de son énorme base d’utilisateurs. Cependant, pour les développeurs expérimentés en DeFi, Kam recommande de construire sur Solana ou sur de nouvelles blockchains EVM-compatibles comme Monad, qui offrent une véritable décentralisation du séquenceur, contrairement à la plupart des Layer 2 centralisés actuels.
Ressources pour tout comprendre
Pour devenir un bon chasseur de blockchains il vous faudra également des outils pour faire vos recherches :
- X : Sa source numéro un pour suivre l’actualité et les discussions de l’écosystème.
- Plateformes de données : DeFiLlama et Dune Analytics pour l’analyse on-chain.
- Forums de blockchain sur discord : Pour des discussions plus spécifiques sur des projets comme Solana ou Ethereum.
- Les fondateurs de projets : Il suit directement les personnalités comme Anatoly Yakovenko de Solana pour leurs insights directs et leurs débats.
A Kam, le mot de la fin :
« Je regarde la team, je regarde le projet, je regarde si il fait sens ou pas. Ensuite, je regarde la demande. Est-ce qu’il y a de la demande pour ce projet-là ou pas ? Comment tu comment tu comment tu juges la demande ? Passons à l’activité. l’activité sur la chaîne.Je regarde des dashboards sur Dune Analytics. Est-ce qu’il y a de l’activité, est-ce que l’activité qui se passe sur cette blockchain là est vraie ou ou pas ? »

Magali Bourdou
Co-fondateur




