par Fév 24, 2024Cryptomonnaies, Interviews

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La cybersécurité à l’ère des cryptomonnaies : Avec Akli Le Coq

Alors que notre quotidien est de plus en plus numérisé et que les cryptomonnaies gagnent du terrain sur la scène économique, la cybersécurité évolue également.

Comment les forces de l’ordre et les experts en cybersécurité peuvent-ils rester à jour face à l’évolution rapide des techniques de cybercriminalité, notamment avec l’émergence de technologies comme la blockchain ?

Dans quelle mesure est-il crucial de collaborer entre les autorités et le secteur privé pour renforcer la sécurité numérique ?

Comment pouvons-nous assurer une sensibilisation et une éducation efficaces auprès du grand public et des professionnels sur les risques de la cybercriminalité et les bonnes pratiques de sécurité numérique ?

Avec l’adoption croissante des cryptomonnaies, quelles mesures spécifiques sont nécessaires pour protéger les utilisateurs et leurs actifs contre les cyberattaques ?

Tant de questions et autant de réponses partagées par Akli Le Coq, membre du commandement du ministère de l’intérieur dans le cyberespace (ComCyberMi). Notons que pour cette interview, Akli est venu en son nom et non communiquer dans le cadre de ses fonctions pour le ministère de l’intèrieur.

La cybersécurité en France : une affaire d’État

La stratégie nationale pour la sécurité du numérique

​Nous ne pouvons évoquer la cybercriminalité en France sans évoquer ses acteurs publics. En effet, la France a adopté une Stratégie nationale pour la sécurité du numérique dès 2015, illustrant la prise de conscience des enjeux liés à la transition numérique et aux nouvelles menaces cybernétiques. Plusieurs institutions existent dans le cadre de la cybersécurité en France donc.

L’ANSSI, Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, créée en 2009, symbolise la volonté de sécuriser l’espace numérique français, offrant à la fois prévention et réaction aux incidents informatiques.

Akli Le coq, avec son expertise variée s’étendant de Linux aux cryptomonnaies, est l’incarnation de l’expert technique essentiel à l’évolution des stratégies de cybersécurité pour le ministère de l’Intérieur.

Il a évolué sous la responsabilité directe du colonel Duvinage, chef de la division technique de ce qui devient l’Unité nationale Cyber. Notons que ces services sont actuellement en pleine transition, le commandement de la gendarmerie devenant ministériel.

L’objectif ? Développer une approche centralisée pour mieux répondre aux cyberattaques.

« L’idée c’est de regrouper les forces du numérique en général pour travailler sur la cybersécurité et de mettre en commun donc les moyens matériels et humain de la police de la DGSI la gendarmerie et la préfecture de police de Paris »

La réponse française aux défis de la cybersécurité

L’évolution constante des cybermenaces nécessite une adaptation perpétuelle des stratégies de sécurité. L’ANSSI et le C3N sont à l’avant-garde de cette lutte, déployant des solutions innovantes pour protéger les infrastructures critiques et les données sensibles.

La France, consciente des risques associés aux cryptomonnaies, s’emploie à renforcer la sécurité des échanges numériques tout en explorant les potentialités de la blockchain pour une cybersécurité renforcée. La prévention et la régulation servent alors de bouclier pour protéger les utilisateurs.

Il est à noter que la cybercriminalité préexistait bien avant l’apparition des cryptomonnaies, tout comme la criminalité existait avant l’avènement d’Internet. Cependant, le Bitcoin et ses semblables, bien qu’utilisés principalement à des fins légales, sont également le théâtre d’activités illégales. Ces dernières affectent aussi bien les individus que le paysage entrepreneurial français, comme l’a souligné l’Association pour le développement des actifs numériques (Adan).

« Bitcoin propose le concept d’une monnaie qui serait pris en charge directement par les citoyens qui peuvent être validateurs. »

Les infractions traditionnelles telles que les escroqueries et les attaques de rançongiciels sont désormais complétées par des menaces nouvelles, y compris l’exploitation malveillante de contrats intelligents ou les attaques visant directement les portefeuilles numériques.

La cybersécurité, une affaire privée

​La collaboration entre le secteur public et le privé est essentielle pour une cybersécurité efficace. Des initiatives comme la Stratégie nationale d’accélération pour la cybersécurité, annoncée par le Président de la République en 2021, visent à stimuler l’innovation et à renforcer les capacités françaises dans ce domaine.

L’innovation technologique, y compris l’intelligence artificielle et la blockchain, joue un rôle crucial dans le développement de nouvelles solutions de sécurité. Certains acteurs et certains projets participent activement à l’élaboration d’un cadre sécurisé et confiant pour se développer.

Nous pouvons penser aux certifications Logion qui, via la blockchain, certifie la transparence des fonds issus d’une transaction ou d’une cryptomonnaie émise. Nous pouvons aussi également penser à des entrepreneurs comme Thibaut Boutrou, COO de Meria qui, de fait, travaille avec le régulateur et les autorités pour permettre un cadre régulé et protégé pour les cryptomonnaies en France.

L’Adan est l’Association pour le développement des actifs numériques. C’est une organisation qui représente les entreprises françaises qui utilisent les technologies de blockchain et de cryptomonnaies. Elle vise à promouvoir le développement de ces technologies en France et à représenter les intérêts de ses membres auprès des pouvoirs publics et des instances de régulation.

Éducation, sensibilisation et formation : la cybersécurité pour soi

Cybersécurité pour tous

L’objectif commun est la protection des systèmes informatiques de l’État et des particuliers. Qu’il s’agisse de la formation des particuliers ou des professionnels, Akli, fort de plus de 10 ans d’expérience dans notre écosystème, souligne l’importance d’une formation adaptée à son public.

La sensibilisation du public et des entreprises aux risques cybernétiques est une priorité. L’ANSSI propose des guides et des formations pour développer les compétences nécessaires face aux menaces actuelles et futures.

Des programmes comme CyberEdu illustrent l’importance de l’éducation en cybersécurité dès le plus jeune âge, préparant ainsi la prochaine génération à faire face aux défis numériques.

Que faire si on me vole mes cryptomonnaies ?

​Les procédures pour déposer une plainte ainsi que les ressources nécessaires à l’information et l’orientation vers le service approprié sont accessibles via des liens spécifiques disponibles au public.

Des enquêteurs spécialisés, tels que l’OFAC de la Police Nationale et l’Unité nationale cyber de la Gendarmerie nationale (UNCyber), sont engagés depuis longtemps dans ces investigations. Ils travaillent sous la supervision du Ministère de la Justice.

Le Ministère de l’Intérieur cherche aussi à établir des partenariats avec la société civile, dans le but de mieux prévenir et punir ces infractions qui causent de réelles victimes et nuisent à l’intégrité du secteur.

Cette approche collaborative et ces initiatives de sensibilisation soulignent la nécessité d’une vigilance accrue et d’une coopération renforcée entre les autorités, les professionnels du secteur et le grand public pour sécuriser l’espace numérique contre les activités illégales liées aux cryptoactifs. Si vous êtes victime, vous pouvez vous documenter ici et porter plainte ici.

Il était essentiel pour nous d’aborder le sujet de la cybercriminalité dans le cadre de nos échanges avec Akli. Cependant, il est important de souligner qu’Akli s’est exprimé en son nom propre et non en tant que représentant du commandement de la Gendarmerie nationale lors de notre discussion. Nous tenons à le remercier chaleureusement pour le temps qu’il nous a accordé et pour la transparence de ses réponses.

Enfin, comme c’est notre habitude, nous donnons le mot de la fin à notre invité :

« L’enjeu c’est comment je transmets les informations de manière adaptée au bon public en fonction de ses caractéristiques (…) Certains ont 15 ans de retard sur la « monnaie refuge », le Bitcoin, « la monnaie du futur » et cetera …. Vous aviez 15 ans pour faire le boulot moi, j’ai été un peu lent, donc j’ai mis quelques années aussi. »